Apprendre à lire le Coran en partant de zéro

Vous souhaitez lire le Coran en arabe, mais vous ne connaissez pas encore les lettres ? Vous savez peut-être réciter certaines sourates sans parvenir à suivre leur texte ?

Apprendre à lire le Coran demande de réunir plusieurs compétences : reconnaître les lettres, lire les signes qui les accompagnent et assembler progressivement les sons.

Vous n’avez pas besoin de tout maîtriser pour commencer. Chaque étape prépare la suivante, avec du temps pour écouter, essayer et recommencer.

Sommaire de la page
  1. Connaître les lettres sous leurs différentes formes
  2. Lire les lettres avec les voyelles courtes
  3. Assembler les lettres pour lire un mot
  4. Le rôle du soukoun
  5. Découvrir la hamza
  6. Reconnaître les voyelles longues
  7. Lire une lettre portant une chedda
  8. Découvrir le tanwin
  9. Améliorer sa lecture
  10. Apprendre à lire le Coran avec le tajwid
  11. Comment lire avec fluidité ?
  12. Apprendre à lire le Coran avec ALAQ

Connaître les lettres sous leurs différentes formes

Comment apprendre à lire le Coran sans connaître le son des lettres ? Cette première étape est incontournable. En arabe, elle demande aussi de se familiariser avec la transformation des lettres selon leur position dans un mot et leurs liaisons avec les lettres voisines.

Par exemple, la lettre ب, qui correspond au son de la consonne « b » en français, peut s’écrire différemment lorsqu’elle est isolée, au début, au milieu ou à la fin d’un mot.

Les différentes formes du ب
  • Isolée
  • Au début
  • Au milieu
  • À la fin

Les petits traits (ـ) montrent où la lettre se relie : ces quatre dessins ne forment pas un mot.

Les quatre formes de la lettre : isolée, au début, au milieu, à la fin. Son point reste placé en dessous.

Observez ce qui change et ce qui reste : son point placé en dessous vous aide à la reconnaître, même lorsqu’elle est attachée.

N’oubliez pas qu’en arabe, nous lisons de droite à gauche. Pour découvrir un mot, commencez donc par la lettre située à droite.

Pour découvrir l’alphabet arabe et l’apprendre facilement, nous vous avons concocté de petits jeux de mémorisation. Vous pourrez écouter les lettres et vous entraîner à les reconnaître.

L’alphabet arabe

Lire les lettres avec les voyelles courtes

Bonne nouvelle : apprendre à déchiffrer un mot arabe vocalisé est plus régulier qu’en français.

En français, une même lettre peut correspondre à des sons différents : pensez au « c » de « café » et de « citron », ou au « s » de « poisson » et de « maison ». Des lettres s’associent aussi pour produire un autre son, comme « g » et « n » dans « montagne ». Sans oublier les lettres écrites que l’on ne prononce pas, comme le « t » de « chat ».

En arabe vocalisé, la correspondance entre les lettres, les signes et les sons est beaucoup plus simple. Une lettre emettra toujours le même son et ne s’associera pas à d’autres lettres pour en former de nouveau. Une fois les premiers sons acquis, vous pouvez commencer à déchiffrer des mots que vous n’avez encore jamais rencontrés, même sans en connaître le sens.

Il existe quelques règles particulières de liaison et de lecture à l’arrêt, que vous découvrirez progressivement. Vous n’avez pas besoin de toutes les maîtriser pour lire vos premiers mots.

Pour apprendre à lire le Coran, il faut d’abord comprendre comment associer une consonne et une voyelle.

En français, les voyelles sont écrites avec des lettres. En arabe, les voyelles courtes sont représentées par de petits signes placés au-dessus ou au-dessous des lettres : les harakat.

Ces signes font partie d’un ensemble plus large de signes de vocalisation, appelé tachkil, qui comprend aussi le soukoun et la chedda. Nous allons en découvrir plusieurs sur cette page.

Commençons par les trois voyelles courtes : la fatha, la kasra et la damma.

Observez ces trois exemples : la lettre est la même, mais sa lecture change avec la voyelle.

Une même lettre, trois voyelles
ب

Choisissez une voyelle : la lettre ne bouge pas, seul le signe change.

Écoutez chaque exemple, puis essayez de le lire à voix haute. Revenez ensuite sur les trois propositions dans un ordre différent pour vérifier que vous regardez bien le signe.

Assembler les lettres pour lire un mot

Lorsque vous reconnaissez les lettres et leurs voyelles, vous pouvez commencer à les assembler. C’est une étape importante pour apprendre à lire le Coran en arabe : passer de sons isolés à la lecture d’un mot entier.

Prenons ce mot : كَتَبَ. Il signifie « il a écrit ».

Cliquez sur les lettres, de droite à gauche

Décomposition

كَتَبَ

Le mot est écrit en lettres attachées. Au-dessus, la décomposition montre chaque lettre avec son signe.

Au début de l’apprentissage de la lecture, vous aurez peut-être besoin de vous arrêter entre chaque lettre, réfléchir à quel son fait la lettre et à quel son correspond la haraka. Ce n’est pas un problème : vous êtes en train de comprendre comment l’écriture fonctionne. A terme vous n’aurez plus besoin de décomposer, ça viendra tout seul.

Le rôle du soukoun

Jusqu’ici, nous avons accompagné les consonnes d’une voyelle courte. Mais comment indiquer que l’on veut prononcer le son de la consonne seule, sans ajouter de voyelle après elle ?

C’est le rôle du soukoun, ce petit signe placé au-dessus de la lettre : ـْ.

Prenons la lettre mim : مَ — مِ — مُ — مْ

Une même lettre, trois voyelles et le soukoun
م

Choisissez un signe : la lettre ne bouge pas, seul le signe change.

Écoutez les trois premières propositions : une voyelle accompagne chaque fois la consonne.

Avec مْ, vous entendez seulement le son de la consonne : fermez les lèvres et faites « mmmm », sans ajouter de voyelle à la fin.

Vous ne prononcez pas le nom de la lettre, « mim », mais son son seul.

Essayez maintenant avec la lettre ب

Le ب reste en place, le signe change
ب

Choisissez un signe : la consonne ne bouge pas, seul le signe change.

Le principe est identique : avec le soukoun, aucune voyelle ne vient après la consonne. Contrairement au son du mim, celui du ب est bref : n’essayez pas de le prolonger.

Retrouvons maintenant le soukoun dans un mot : مِنْ. Ce mot signifie notamment « de » ou « depuis », selon le contexte.

Cliquez sur les lettres, de droite à gauche

Décomposition

مِنْ

Le mot est écrit en lettres attachées. Au-dessus, la décomposition montre chaque lettre avec son signe.

La première consonne est accompagnée d’une kasra. La seconde porte un soukoun : elle se prononce sans voyelle après elle.

Découvrir la hamza

Avant de découvrir les voyelles longues, faisons connaissance avec un signe que vous rencontrerez souvent : la hamza.

Voici sa forme :

ء

La hamza représente une consonne. Son articulation correspond à une brève fermeture puis ouverture au niveau des cordes vocales. Le plus simple, pour commencer, est de l’écouter.

Accompagnée des trois voyelles courtes, elle se lit ainsi :

Dans ces exemples, la hamza est portée par un alif : ا. Elle se place au-dessus ou au-dessous de ce support.

Trois éléments dans أَ
أَ
  • La hamza : la consonne.
  • Son support : l’alif, qui la porte.
  • La voyelle : la fatha, qui l’accompagne.

La hamza, son support et la voyelle sont trois éléments différents.

Elle peut aussi apparaître :

  • Sur un waw : ؤ
  • Sur un support en forme de ya sans points : ئ
  • Seule, sans support : ء
Les formes de la hamza
  • أ
    Hamza sur alif
  • إ
    Hamza sous alif
  • ؤ
    Hamza sur waw
  • ئ
    Hamza sur un support sans points
  • ء
    Sans support

Cinq formes de la hamza : avec un support, ou sans support.

Le support de la hamza n’ajoute pas son propre son. Par exemple, lorsqu’un waw sert de support dans ؤ, on ne prononce pas un son de waw en plus de la hamza.

Gardez cette distinction en tête : la hamza et son support sont deux éléments différents. Les distinguer vous aidera à apprendre à lire le Coran sans confondre des formes qui se ressemblent.

Reconnaître les voyelles longues

Parlons maintenant de trois lettres qui nous réservent quelques surprises : ا و et ي.

Ces trois lettres ne joue pas seulement un double jeu, mais un triple jeu… les traîtresses ! Selon ce que vous observez, vous pouvez rencontrer :

  • Un rôle de consonne : le waw و et le ya ي peuvent représenter leur propre son consonantique.
  • Un rôle de prolongation : l’alif ا, le waw و et le ya ي peuvent servir à prolonger une voyelle.
  • Un rôle de support de la hamza : vous retrouvez les formes أ، إ، ؤ، ئ découvertes juste avant.

Remarques :

  • « Consonantique » vient du mot « consonne » : un son consonantique est donc le son d’une consonne, comme celui du « b » ou du « m » en français. Le waw و et le ya ي peuvent eux aussi avoir un son de consonne. L’alif ا, lui, n’a pas de son de consonne propre : dans بَا, il prolonge la voyelle ; dans أَ, il sert de support à la hamza, qui est la consonne prononcée.
  • les trois lettres ne remplissent pas toutes ces fonctions de manière identique. Le son consonantique de أ appartient à la hamza, pas à l’alif qui la porte.

Mais rassurez-vous : nous avons des moyens de repérer leur rôle. Elles sont grillées ! Pour reconnaître une lettre de prolongation, observez notamment la voyelle qui la précède.

Jouez, écoutez et comparez les animations ci-dessous :

Avec la fatha : l’alif prolonge la voyelle

بَ

Voyelle courte

1 temps

بَا

Voyelle longue

2 temps

Les « temps » sont un repère pédagogique : ils ne mesurent pas une durée en secondes.

Dans ces exemples, la voyelle longue dure deux temps, contre un temps pour la voyelle courte. Vous prolongez la voyelle sans ajouter une nouvelle syllabe.

Ces associations vous donnent vos premiers indices :

  • Après une fatha : cherchez un alif de prolongation.
  • Après une kasra : cherchez un ya de prolongation.
  • Après une damma : cherchez un waw de prolongation.

Dans la récitation du Coran, vous découvrirez ensuite d’autres règles qui peuvent modifier la durée des prolongations.

Lire une lettre portant une chedda

La chedda, également appelée chadda, est ce petit signe placé au-dessus d’une lettre : ـّ

Elle indique que la consonne est doublée dans la prononciation. Pour apprendre à lire le Coran correctement, il est important de repérer ce signe et de faire entendre ce doublement.

Pour vous en souvenir, regardez sa forme : elle peut vous faire penser à un petit « w ». Et dans « double v », on entend double. Voilà notre moyen mnémotechnique : la chedda double la consonne !

Prenons cet exemple : رَبِّي

Il signifie « mon Seigneur ». Le ي final exprime ici « mon ».

Pour comprendre ce que fait la chedda, décomposons le mot :

رَبْبِي

  • Première consonne : soukoun
  • Deuxième consonne : kasra

Pour comprendre, décomposons le mot : رَبْبِي. C’est un outil d’explication, pas une autre orthographe de رَبِّي.

La chedda représente ici deux lettres bas juxtaposées :

  • La première porte un soukoun : بْ
  • La seconde porte une kasra : بِ

À l’écrit, une seule lettre ب porte donc la chedda et la kasra : بِّ.

Pour bien faire entendre le doublement de la consonne, il faut la prononcer en deux temps comme sur l'animation : rab puis bi.

Découvrir le tanwin

Vous rencontrerez également des signes de voyelles doubles à la fin de certains mots :

ـٌ — ـً — ـٍ

Ils correspondent au tanwin.

Pour une première découverte, écoutez ces trois formes d’un même mot :

Choisissez une terminaison pour entendre le son du mot.

كِتَاب

Dans ces exemples, la terminaison comporte un son correspondant au ن (noun), alors que cette lettre n’est pas écrite ([a][n], [i][n], [ou][n]. En récitation, sa réalisation dépend aussi de la lettre qui suit.

Vous n’avez pas besoin d’étudier immédiatement les règles grammaticales qui expliquent le choix de chaque terminaison. Commencez par reconnaître les signes et leur lecture.

La lecture à l’arrêt peut être différente : vous apprendrez progressivement à distinguer la manière de poursuivre un passage et celle de vous arrêter.

Améliorer sa lecture

Pour apprendre à lire le Coran en arabe, commencez par de courts passages et prenez le temps de relier chaque mot écrit à ce que vous entendez.

Vous pouvez choisir une sourate que vous connaissez déjà à l’oral. Cela vous aidera à relier ce que vous entendez à ce qui est écrit. Prenez toutefois le temps de regarder chaque mot : le but est de lire, même lorsque votre mémoire pourrait poursuivre seule.

Pour travailler un passage :

  1. Observez le texte. Repérez les lettres et les signes que vous connaissez.
  2. Essayez de lire lentement. Ne cherchez pas encore la vitesse.
  3. Écoutez une récitation de référence. Suivez les mots pendant l’écoute.
  4. Relisez à voix haute. Revenez sur les endroits où vous avez hésité.
  5. Faites vérifier votre lecture lorsque vous le pouvez. Certaines erreurs sont difficiles à entendre soi-même.

La sourate Al-Fatiha peut être un premier support pour rapprocher lecture, écoute et compréhension.

Apprendre à lire le Coran avec le tajwid

Le tajwid, c’est l’apprentissage de la prononciation juste du Coran : donner à chaque lettre son articulation, ses caractéristiques et la durée qui convient, en tenant compte des lettres qui l’entourent. Chez Ibn Al-Jazari, spécialiste de la récitation coranique, cette notion associe la correction de la prononciation au soin apporté à la récitation.

D’où vient le mot « tajwid » ?

Le mot تَجْوِيد vient de la racine arabe ج ـ و ـ د, qui porte notamment l’idée de qualité, d’excellence et de travail bien accompli.

Une racine, en arabe, est un ensemble de lettres à partir duquel se construisent plusieurs mots d’une même famille. Ici, on retrouve :

SensMot arabe
Bon, de bonne qualitéجَيِّد
La qualitéجَوْدَة
Améliorer, perfectionner, faire avec soinجَوَّدَ
L’action d’améliorer ou de perfectionnerتَجْوِيد

Le sens premier de tajwid est donc « rendre meilleur », « perfectionner ». Appliqué au Coran, il s’agit de perfectionner notre manière de le réciter.

Concrètement, qu’apprend-on avec le tajwid ?

Plusieurs aspects de la récitation se travaillent ensemble :

  • L’articulation des lettres : apprendre où et comment produire chaque son avec la gorge, la langue ou les lèvres.
  • Les caractéristiques des sons : distinguer des lettres qui peuvent sembler proches à une oreille débutante.
  • Les prolongations : respecter la durée des voyelles longues selon le contexte.
  • L’enchaînement des lettres : certaines se prononcent différemment au contact d’autres lettres, selon des règles précises.
  • Les résonances nasales, appelées ghounna, présentes dans certaines situations.

Le tajwid vise ainsi à préserver la prononciation transmise du texte coranique. Une jolie voix ne suffit pas à garantir une récitation correcte ; on peut aussi réciter avec une voix très simple en respectant les règles.

Quelle différence avec le fait d’apprendre à lire ?

Apprendre à lire le Coran, c’est reconnaître les lettres, comprendre les signes et réussir à les assembler. Le tajwid permet d’affiner et de soigner cette lecture, grâce à des règles précises sur la prononciation des lettres, leur enchaînement et les prolongations des sons. Les deux apprentissages se complètent et peuvent avancer ensemble dès les premiers mots.

Comment lire avec fluidité ?

Lorsque chaque lettre demande un effort, une seule ligne peut sembler longue. Je connais cette difficulté.

La première fois que j’ai lu la sourate Al-Kahf en arabe, il m’a fallu quatre heures. Aujourd’hui, il m’en faut environ une demi-heure. Entre les deux, j’ai lu un peu chaque jour.

Ce parcours ne fixe pas un délai à atteindre. Il rappelle simplement que votre lecture d’aujourd’hui peut évoluer avec la pratique.

Apprendre à lire le Coran demande de la régularité, mais vous pouvez commencer avec quelques minutes et une petite quantité de texte à chaque séance.

Choisissez une quantité que vous pouvez reprendre régulièrement : quelques combinaisons, un mot, puis une courte ligne. Revenez sur les difficultés précises plutôt que de recommencer systématiquement toute une page.

Vous pouvez avancer lentement et progresser réellement.

Apprendre à lire le Coran avec ALAQ

J’ai d’abord pensé ALAQ pour m’aider à comprendre, méditer et mémoriser le Coran en arabe. Mon expérience d’enseignante de physique-chimie, sur le terrain auprès des élèves, mes formations aux pédagogies actives, notamment Freinet et Montessori, ainsi que mes propres difficultés d’apprentissage ont nourri sa pédagogie.

Dans ALAQ, vous découvrez les lettres de l’alphabet au fil des sourates. Chaque nouvelle lettre est ainsi reliée aux mots et au texte que vous apprenez à lire.

Le parcours commence par la sourate Al-Fatiha, qui rassemble 21 lettres différentes de l’alphabet arabe. Vous les découvrez progressivement, apprenez à les reconnaître sous leurs différentes formes et à les lire avec les signes qui les accompagnent.

Les activités vous guident vers un objectif : parvenir à une lecture complète et correcte de la sourate Al-Fatiha, tout en découvrant le sens de ses mots.

L’apprentissage associe ainsi :

  • La lecture et la prononciation, grâce à l’écoute et aux exercices progressifs.
  • Le vocabulaire de la sourate, pour comprendre les mots que vous récitez.
  • Quatre premières notions de langue, introduites à partir d’exemples : les lettres solaires et lunaires, les noms définis et indéfinis, l’annexion et les pronoms.

Ces notions vous aident à observer comment les mots se construisent et se relient entre eux. Vous commencez à comprendre ce que vous lisez, au-delà de la reconnaissance des lettres.

Lire Al-Fatiha, la comprendre et la méditer : c’est le cheminement que propose ALAQ dès cette première sourate.

Ce parcours s’inscrit dans un voyage inspiré de la vie du Prophète ﷺ. Au fil des haltes, vous avancez à votre rythme, en revenant sur ce qui demande encore de la pratique.