Sourate An-Nās : lire, écouter et comprendre la demande de protection

An-Nās, النَّاس, signifie « Les hommes » ou « Les gens ». C’est la dernière sourate du Coran. Elle comporte six courts versets et constitue, avec Al-Falaq, l’une des deux sourates appelées Al-Muʿawwidhatayn : les deux sourates par lesquelles on cherche refuge auprès d’Allah.

An-Nās nous apprend à demander la protection d’Allah contre un mal qui ne se voit pas toujours de l’extérieur : les suggestions mauvaises, les pensées insufflées et les murmures qui atteignent le cœur. La sourate commence par trois manières de désigner Allah :

رَبِّ النَّاسِ

مَلِكِ النَّاسِ

إِلَٰهِ النَّاسِ

Le Seigneur des hommes, le Souverain des hommes, le Dieu des hommes.

Ce n’est qu’après avoir rappelé qui est Celui auprès duquel nous cherchons refuge que la sourate nomme le mal contre lequel cette protection est demandée.

Prenez le temps de l’écouter, de suivre sa récitation mot après mot et de toucher chaque mot pour en découvrir le sens.

Maḥmud Khalil al-Ḥuṣari

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Audio et repères mot à mot fournis par Quran Foundation (Quran.com) (nouvel onglet).

Touchez un mot pour découvrir sa traduction.

بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ

  (fin du verset 1)

  (fin du verset 2)

  (fin du verset 3)

  (fin du verset 4)

  (fin du verset 5)

  (fin du verset 6)

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Texte arabe : Tanzil Project (nouvel onglet), reproduit à l’identique.

Traduction du sens

1. Dis : « Je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes,

2. le Souverain des hommes,

3. le Dieu des hommes,

4. contre le mal de celui qui souffle de mauvaises suggestions puis se dérobe,

5. celui qui souffle ses suggestions dans les poitrines des hommes,

6. qu’il soit parmi les djinns ou parmi les hommes. »

Traduction du sens ALAQ, établie à partir du texte arabe et contrôlée par comparaison avec la traduction française du Centre International Nûr publiée sur QuranEnc et avec d’autres traductions françaises reconnues.1

Comprendre la sourate An-Nās

Synthèse basée principalement sur le Tafsir d’Ibn Kathir.2

An-Nās commence par un ordre :

قُلْ

« Dis ».

Le croyant apprend ensuite exactement auprès de qui chercher refuge :

أَعُوذُ بِرَبِّ النَّاسِ

Je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes.

La sourate ne commence donc pas par décrire le danger. Elle commence par Allah. Avant de parler de ce qui nous menace, elle nous rappelle Celui qui peut nous protéger.

Seigneur, Souverain et Dieu des hommes

Trois expressions se succèdent :

رَبِّ النَّاسِ

Le Seigneur des hommes,

مَلِكِ النَّاسِ

le Souverain des hommes,

إِلَٰهِ النَّاسِ

le Dieu des hommes.

Ibn Kathir explique qu’il s’agit ici de trois attributs liés à Allah : Sa Seigneurie, Sa souveraineté et Sa divinité2. Allah est le Seigneur qui crée, prend soin et administre. Il est le Souverain auquel appartient véritablement l’autorité. Et Il est Celui qui seul mérite d’être adoré.

La demande de protection repose donc sur une connaissance d’Allah. Nous ne cherchons pas refuge auprès d’une force abstraite ou d’une formule. Nous cherchons refuge auprès du Seigneur, du Souverain et du Dieu des hommes.

Un danger qui agit dans l’invisible

Après avoir nommé Allah à trois reprises, la sourate décrit le mal contre lequel la protection est demandée :

مِنْ شَرِّ الْوَسْوَاسِ الْخَنَّاسِ

contre le mal du mauvais conseiller qui souffle puis se dérobe.

Le mot :

الْوَسْوَاس

évoque le murmure répété, la suggestion discrète, la pensée soufflée.

Et :

الْخَنَّاس

désigne celui qui recule, se retire ou se dérobe.

Ibn Kathir rapporte l’explication selon laquelle le démon souffle ses suggestions lorsque l’être humain devient inattentif, puis se retire lorsqu’Allah est mentionné2. C’est précisément ce qui rend ce type de danger particulier : il ne se présente pas toujours comme une voix extérieure clairement identifiable.

Une idée peut apparaître. Une hésitation. Une mauvaise suggestion. Une invitation à désobéir. Une peur entretenue. Une pensée qui détourne progressivement. An-Nās nous apprend donc à ne pas sous-estimer les influences qui atteignent le cœur sans être visibles.

Pourquoi la sourate parle-t-elle des « poitrines » ?

Le verset dit :

الَّذِي يُوَسْوِسُ فِي صُدُورِ النَّاسِ

celui qui souffle ses suggestions dans les poitrines des hommes.

Le Coran ne décrit pas ici une attaque contre le corps. Le lieu visé est intérieur. La sourate nous apprend ainsi qu’une partie de la protection dont l’être humain a besoin concerne son monde intérieur : ses pensées, ses intentions, ses hésitations, ses désirs, et ce qui peut progressivement influencer ses choix.

Cela explique aussi pourquoi la réponse proposée par la sourate commence par le refuge auprès d’Allah. Tout n’est pas visible. Tout ne peut pas être contrôlé uniquement par des moyens matériels.

Les mauvaises suggestions

La sourate se termine par :

مِنَ الْجِنَّةِ وَالنَّاسِ

parmi les djinns et parmi les hommes.

C’est un point essentiel. La sourate ne réduit pas les mauvaises suggestions à Satan ou aux djinns. Ibn Kathir explique que les mauvais conseillers peuvent appartenir aux djinns comme aux êtres humains2.

Un être humain peut lui aussi suggérer le mal. Il peut embellir une mauvaise action. Normaliser ce qui ne devrait pas l’être. Encourager quelqu’un à désobéir. Semer le doute ou détourner quelqu’un d’un bien.

La dernière parole de la sourate élargit donc notre compréhension de la protection : certaines influences viennent de ce que nous ne voyons pas, et d’autres viennent de personnes bien visibles autour de nous.

An-Nās et Al-Falaq : les deux sourates de protection

An-Nās est étroitement liée à la sourate qui la précède : Al-Falaq. Elles sont souvent désignées ensemble comme :

الْمُعَوِّذَتَان

Al-Muʿawwidhatayn, c’est-à-dire les deux sourates par lesquelles on cherche refuge auprès d’Allah.

Mais leur angle n’est pas exactement le même. Al-Falaq demande la protection d’Allah contre plusieurs formes de mal venant de l’extérieur. An-Nās se concentre particulièrement sur le mal qui souffle ses suggestions à l’intérieur des poitrines.

Les deux sourates se complètent donc : protection contre les maux qui nous entourent, et protection contre ce qui cherche à atteindre notre cœur.

Cette distinction est une synthèse pédagogique ALAQ.

Quand réciter sourate An-Nās ?

Les pratiques suivantes concernent An-Nās avec Al-Falaq et Al-Ikhlāṣ.

Le matin et le soir

ʿAbdullāh ibn Khubayb رضي الله عنه rapporte que le Prophète ﷺ lui a enseigné de réciter :

  • Al-Ikhlāṣ ;
  • Al-Falaq ;
  • An-Nās ;

trois fois le matin et trois fois le soir. Le hadith indique que cela lui suffira comme protection. Cette pratique fait donc partie des adhkār du matin et du soir.

Référence : Riyāḍ aṣ-Ṣāliḥin n°1456, d’après Abu Dāwud et at-Tirmidhi. At-Tirmidhi qualifie le hadith de : ḥasan ṣaḥiḥ.

Avant de dormir

ʿĀʾisha رضي الله عنها rapporte que chaque nuit, lorsque le Prophète ﷺ se mettait au lit, il joignait ses mains, soufflait légèrement dedans après avoir récité :

قُلْ هُوَ اللَّهُ أَحَدٌ

قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ الْفَلَقِ

قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ النَّاسِ

Puis il passait ses mains sur son corps autant qu’il le pouvait, en commençant par la tête, le visage et le devant du corps. Il répétait cela trois fois.

Référence : Ṣaḥiḥ al-Bukhāri, hadith n°5017.

Une protection enseignée par le Prophète ﷺ

Dans un récit transmis par an-Nasāʾi, le Prophète ﷺ demanda à ʿUqbah ibn ʿĀmir de réciter :

  • Al-Ikhlāṣ ;
  • Al-Falaq ;
  • An-Nās.

Puis il lui expliqua que les gens n’avaient pas cherché refuge auprès d’Allah par quelque chose de comparable.

Référence : Sunan an-Nasāʾi, hadith n°5431. Classification Darussalam : Ḥasan.

Dans une autre version authentique rapportée par an-Nasāʾi, le Prophète ﷺ indique à propos d’Al-Falaq et An-Nās qu’il lui a été révélé des versets dont on n’avait pas vu de semblables.

Référence : Sunan an-Nasāʾi, hadith n°5440. Classification Darussalam : Ṣaḥiḥ.

Ces récits montrent la place particulière des sourates de demande de protection dans la Sunnah.

Une sourate courte, mais une leçon très concrète

An-Nās ne comporte que six versets. Mais elle enseigne un réflexe essentiel : lorsqu’un mal cherche à atteindre notre cœur, notre premier refuge est Allah.

La sourate nous apprend également à reconnaître que toutes les pensées qui traversent l’esprit ne méritent pas d’être suivies. Une suggestion peut être rejetée. Une mauvaise influence peut être identifiée. Un murmure peut être combattu par le rappel d’Allah. Et l’être humain n’a pas à affronter seul ce qui le dépasse. Il peut dire :

أَعُوذُ

« Je cherche refuge. »

Puis se tourner vers :

رَبِّ النَّاسِ

le Seigneur des hommes,

مَلِكِ النَّاسِ

le Souverain des hommes,

إِلَٰهِ النَّاسِ

le Dieu des hommes.

C’est peut-être ce qui rend cette dernière sourate du Coran si puissante dans sa simplicité : le Livre se termine en apprenant au croyant vers qui se tourner lorsqu’il a besoin d’être protégé.

Sources et références

Pourquoi ces sources ?

Pour cette page, ALAQ distingue :

  • le texte du Coran ;
  • la traduction du sens ;
  • le tafsir utilisé pour expliquer la sourate ;
  • les hadiths qui concernent spécifiquement Al-Falaq et An-Nās ;
  • les hadiths qui concernent ensemble Al-Ikhlāṣ, Al-Falaq et An-Nās.

Cette distinction évite d’attribuer à An-Nās seule une vertu ou une pratique que le Prophète ﷺ a enseignée pour plusieurs sourates récitées ensemble.

  1. Coran — Sourate An-Nās, sourate 114

    Texte arabe : Coran 114:1-6.

    Le texte arabe affiché est celui du projet Tanzil (texte « Simple », version 1.1), reproduit à l’identique.

    Tanzil Project (nouvel onglet)

    Traduction française de référence consultée : Centre International Nûr — traduction française des sens du Noble Coran, publiée sur QuranEnc.

    Lire la traduction du Centre International Nûr sur QuranEnc (nouvel onglet)

    Traduction du sens ALAQ, établie à partir du texte arabe et contrôlée par comparaison avec la traduction française du Centre International Nûr publiée sur QuranEnc et avec d’autres traductions françaises reconnues.

  2. Tafsir Ibn Kathir — Sourate An-Nās

    Source principale utilisée pour comprendre :

    • رَبِّ النَّاسِ ;
    • مَلِكِ النَّاسِ ;
    • إِلَٰهِ النَّاسِ ;
    • الْوَسْوَاسِ الْخَنَّاسِ ;
    • les mauvaises suggestions ;
    • les djinns et les hommes.

    Lire le tafsir sur Quran.com (nouvel onglet) (en arabe)

  3. Ṣaḥiḥ al-Bukhāri — hadith n°5017

    Ce récit de ʿĀʾisha رضي الله عنها rapporte la récitation d’Al-Ikhlāṣ, Al-Falaq et An-Nās avant le sommeil, le souffle léger dans les mains et leur passage sur le corps, trois fois.

    Lire le hadith sur Sunnah.com (nouvel onglet) (arabe et anglais)

  4. Riyāḍ aṣ-Ṣāliḥin — hadith n°1456

    Ce récit de ʿAbdullāh ibn Khubayb رضي الله عنه rapporte la récitation d’Al-Ikhlāṣ, Al-Falaq et An-Nās trois fois le matin et le soir.

    La référence indique : Abu Dāwud et at-Tirmidhi. At-Tirmidhi le qualifie de : ḥasan ṣaḥiḥ.

    Lire le hadith sur Sunnah.com (nouvel onglet) (arabe et anglais)

  5. Sunan an-Nasāʾi — hadith n°5431

    Le Prophète ﷺ y enseigne Al-Ikhlāṣ, Al-Falaq et An-Nās à ʿUqbah ibn ʿĀmir رضي الله عنه et souligne leur caractère exceptionnel pour chercher refuge auprès d’Allah.

    Classification Darussalam : Ḥasan.

    Lire le hadith sur Sunnah.com (nouvel onglet) (arabe et anglais)

  6. Sunan an-Nasāʾi — hadith n°5440

    Ce récit concerne Al-Falaq et An-Nās et indique qu’il a été révélé au Prophète ﷺ des versets dont on n’avait pas vu de semblables.

    Classification Darussalam : Ṣaḥiḥ.

    Lire le hadith sur Sunnah.com (nouvel onglet) (arabe et anglais)